Celle qui ne peut jamais se décider

Publié le par maguy


Bien que la cuisine soit l’un de mes passe-temps favoris, il est parfois bien agréable le soir de pouvoir se la couler douce en  profitant des avantages de notre civilisation moderne (repas livrés à domicile). Nous (moi et mon homme) sommes en outre bénis des dieux puisque, à quelques kilomètres de notre domicile se trouve un service offrant le choix entre plus de cinquante pizzas différentes sans compter les pâtes, paninis,… Cependant, cette multitude d’options est un gros problème pour moi car je suis affectée d’une tare congénitale : j’ai de très très grosses difficultés à me décider, comme le prouve ce dialogue daté d’hier soir.

 

Moi : Alors, chéri, tu as choisi ?

 

Chéri : Oui, je prends la pizza au salami.

 

Moi : Et moi, qu’est-ce que je vais prendre ?

 

Chéri (gros soupir) : Ca, c’est la question à mille euros : si tu pouvais essayer de choisir en moins de trois quart heure, pas comme l’autre f…

 

M. : Mais je ne sais vraiment pas ce que je dois prendre !

 

C. : Déjà , tu veux une pizza ou des pâtes ?

 

M. (après 5 minutes d’intense réflexion) : Heu, des pâtes, je crois…

 

C. : Tu CROIS !! C’est-à-dire que tu n’es même pas sûre de ça ! Oh , mon dieu, mon dieu, je sens qu’on n’est pas prêts de manger !

 

M. : Si, si des pâtes, des pâtes, je suis sûre !

 

C.   (soulagé) : Bon, c’est déjà un début : alors les pâtes c’est en page 3.

 

M. : Oui, mais je ne sais vraiment pas lesquelles prendre !

 

C. : Prends les tagliatelles à la carbonara, tu adores ça !

 

M. (dubitative) : Moui, je ne sais pas… Il y a toujours tellement de crème, je crois que je voudrais quelque chose de plus léger.

 

C. : Les pennes aux fruits de mer, peut-être ?

 

M. : Oh non, tu sais, les fruits de mer, depuis ce resto , il y a deux semaines où j’ai été malade comme un chien toute la nuit…

 

C. : Je sais ! Les pâtes aux cèpes : tu aimes bien les champignons, non ?

 

M. (encore 5 minutes de froncement de sourcils) : Non, ça ne me dit rien : écoute, je crois que je vais plutôt prendre une pizza, finalement.

 

C. (les yeux exorbités) : Non, mais c’est pas vrai, c’est pas vrai !!!

 

M. : Qu’est ce que tu avais pris, toi, déjà ?

 

C. : Pizza au salami, c’est ce que je prends presque toujours !

 

M. : Ah oui…hum…

 

C. : Alors ?

 

M. : Oh, j’hésite…Qu’est-ce que j’avais pris la dernière fois déjà ?

 

C. (levant les yeux au ciel) : La « Reine », je crois.

 

M. : Et j’avais bien aimé,non ?

 

C. (reprenant espoir) : Si, tout à fait.  Alors je te commande une pizza « reine » ?

 

M. : Non, je crois que je vais changer, voir s’il n’y en a pas une autre que j’aimerais encore plus !

 

C. (dont le visage prend progressivement une teinte grenat) : Bon, d’accord, change mais décide-toi !

 

M. : La pizza «  mortadelle » serait pas mal : j’aime bien tout ce qu’ils mettent dessus : œufs, champignons, mozzarella … sauf la mortadelle : dis, tu crois que commander une mortadelle sans mortadelle, ce serait possible ?

 

C. : Oh, je deviens fou, je sens que je deviens fou !

 

M. : Quoi ?

 

C. : Si la pizza s’appelle « mortadelle », c’est que la mortadelle en est le composant principal, non ? Tu me vois demander une pizza « mortadelle » sans mortadelle ? Le type va me prendre pour un dingue !

 

M. (soupirant) : Alors, je ne vois vraiment pas…

 

C. (attrapant le combiné du téléphone) : D’accord, d’accord, tu as gagné : une mortadelle sans mortadelle !

 

M. : Et avec des olives !

 

C. : Quoi ??

 

M. : Des olives en supplément : ils n’en mettent pas sur celle-là. Et.. j’aimerais bien quelques anchois aussi.

 

C. (ne dit rien mais me regarde fixement)

 

M. : Quoi ? Regarde, c’est écrit en bas de la page : tu peux demander des suppléments sur ta pizza.

 

C. (le calme avant la tempête) : Attends, je vais résumer pour être sûr d’avoir bien compris : tu me demandes de commander une pizza « mortadelle » sans mortadelle mais avec supplément d’olives et d’anchois ?

 

M. (ravie) : Oui, c’est ça, c’est exactement ça : cette fois, j’en suis sûre !

 

C. (me tendant le combiné) : Tiens !

 

M. : Mais qu’est ce que tu… ?

 

C. : Tu commandes toi-même : je refuse de passer une commande pareille :  le ridicule a quand même des limites.

 

M. : Ah, non ! Tu sais bien que j’ai horreur de passer des commandes par téléphone ! D’ailleurs, c’est toujours toi qui le fais !

 

C. : Oui, mais il y a des limites : je refuse de passer ta commande délirante !

 

M. : Et si je ne commande pas non plus, qu’est-ce qui se passe ?

 

C. : Je m’en fous ! Je mangerai un sandwich ou même rien du tout, ça ne me dérange pas ! Mais je ne passerai pas ta commande !

 

Bref affrontement de regards (nous sommes coutumiers du fait). Finalement, comprenant quand même un peu son point de vue, j’attrape le téléphone.

 

M. : Encore une chose.

 

C. (gros soupir) : Quoi encore ?

 

M. : Qu’est ce que tu as commandé déjà : ça m’est complètement sorti de la tête !

 

 

Publié dans Dans la cuisine

Commenter cet article