Voussoiement

Publié le par maguy

Je rentre dans la maison avec un sac de courses. Mon Chéri est au téléphone dans le salon. Tout en rangeant les provisions, je tends l’oreille et j’arrive à entendre des bribes :

_ Et votre cheville ne vous fait pas trop mal ?

_ Oui, vous avez eu de la chance, c’est parce que vous avez toujours bu beaucoup de lait, c’est excellent contre l’ostéoporose.

Finalement, Mon Chéri rentre dans la cuisine.

 

Moi : C’était qui au téléphone ?

 

Chéri : Ma tante. Ma mère m’a dit hier qu’elle s’était fait une entorse en tombant alors je l’ai appelé pour prendre des nouvelles.

 

Je continue à m’affairer dans la cuisine. J’ai un sentiment bizarre au sujet de ce coup de téléphone, comme si quelque chose clochait, mais je dois réfléchir pendant quelques minutes avant de mettre la main dessus.

 

Moi : Ca y est, j’ai trouvé !

 

Chéri : Qu’est-ce que tu as trouvé ?

 

Moi : Ce qui n’allait pas dans ton coup de fil !

 

Chéri : Quoi ? Qu’est-ce qui n’allait pas ? J’ai téléphoné pour prendre des nouvelles de ma tante qui s’était blessée, je ne vois pas ce qui ne va pas.

 

M. : Tu dis « vous » à ta tante.

 

C. : Oui, et alors ?

 

M. : Tu VOUVOIES ta tante !

 

C. : Enfin, je ne vois pas pourquoi tu en fais tout un plat, je l’ai toujours vouvoyée et…

 

M. : Mais enfin, plus personne ne vouvoie les membres de sa famille, à part dans les anciennes familles nobles. Ca se faisait peut-être au XIXème siècle mais plus maintenant !

 

C. : Ecoute, je ne sais pas quoi te dire, j’ai toujours fait comme ça !

 

M. : Mais quelqu’un t’a dit de le faire ?

 

C. (réfléchissant) : Non, je ne crois pas mais je ne me souviens plus. Ca s’est toujours fait, voilà !

 

M. : Vous avez un ancêtre dans la noblesse ou dans la grande bourgeoisie ? Il y avait peut-être un « de » dans votre nom, avant ?

 

C. : Ca m’étonnerait !

 

M. : Mais alors pourquoi tu fais ça ?

 

C. : Encore une fois, je ne sais pas. Je l’ai toujours fait, depuis tout petit, c’est comme ça, c’est tout !

 

M. : Et ton frère et ta sœur, ils la vouvoient aussi ?

 

C (plongé dans un abîme de réflexion) : oui, je crois, quoique pour ma sœur, je ne suis pas sûr, peut-être qu’elle la tutoie.

 

M. : Ca me sidère. Mais tu ne t’es jamais demandé pourquoi tu devais la vouvoyer ?

 

C. : Eh bien, parce qu’elle est plus vieille que moi et que je lui dois le respect.

 

M. : Mais tu ne vouvoies pas tes parents ?

 

C. : Non.

 

M. : Pourtant eux aussi sont plus âgés que toi et tu leur dois le respect.

 

C. : Oui, mais ce n’est pas pareil , ils sont plus proches quand même.

 

M. : Et tes grands-parents, tu les vouvoyaient ?

 

C. : Mais non, je leur disais « tu ».

 

M : C’est bizarre pourtant, ils sont encore plus âgés que ta tante.

 

C. : Bon, écoute, encore une fois je n’ai pas d’explication rationnelle à te fournir, j’ai toujours fait comme ça, c’est tout. On ne pourrait pas changer de sujet ?

 

M. : Oh, mon dieu !

 

C. : Quoi ?

 

M. : Mais que doivent-ils penser de moi ? Je les ai toujours tutoyés, moi !

 

C. : Qui ? Ma tante et mon oncle ? Je ne crois pas que tu les aies déjà rencontré.

 

M. : Non, tes parents !

 

C. : Et alors ?

 

M. : Mais tu ne te rends pas compte, s’ils trouvent normal de vouvoyer les membres de leur propre famille, que doivent-ils penser d’une fille qui n’est même pas de leur famille et qui les tutoient.

 

C. : Je ne crois pas que ça les dérange !

 

M. : Je me demande si je vais encore oser les tutoyer maintenant !

                                                                                                

C. : Ecoute, si c’est si important, tu n’as qu’à leur demander si ça les gêne.

 

M. : Mais oui, bien sûr, je vois ça d’ici. Chers presque beaux-parents, on se connaît depuis bientôt trois ans maintenant, et une question me vient tout à coup à l’esprit : dois-je vous tutoyer ou vous vouvoyer ?

 

C. : Bon alors, fais comme tu as toujours fait et voilà !

 

Pause

 

Moi : Dis, je pensais à quelque chose.

 

Chéri : Aïe !

 

Moi : Je devrais peut-être te vouvoyer toi aussi

 

C. : … ?

 

M. : Mais oui, tu es plus âgé que moi et je te dois le respect.

 

C. : Ca, c’est vrai !

 

M. : Oh oui, on pourrait se vouvoyer tous les deux et parler un langage châtié, du genre : Mon  ami, comment vous portez- vous ? Votre tenue vous sied à ravir. Je souhaiterais que vous m’aidassiez à sortir du garde-manger ces mets forts délicats car j’ai grand’faim. Eh bien mon doux ami, qu’avez-vous à me dévisager de la sorte ?

 

 

 

Publié dans La famille

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Vinie 22/05/2009 17:44

On s'ennuie pas chez vous !!!!

maria 03/11/2008 14:01

bcp bcp d'humour dans ce blog que je découvre avec plaisir... si quelqu'un me voyait en train de rire toute seule devant mon pc, on me prendrait surement pour une folle... tiens je vais me mettre à vouvoyer aussi mon chéri ce soir... lol

maguy 03/11/2008 23:59


Tu verras, c'est très drôle.