Maths à gogo

Samedi 29 novembre 2008

 

Cela vous est-il déjà arrivé de vous trouver à un endroit et de vous demander ce que vous faisiez là ? De vous y sentir aussi à votre place qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine ?

C’est en tout cas ce que j’ai ressenti ce soir-là, lorsque Mon Chéri ramena à dîner un copain qu’il s’était fait sur les bancs de la fac puis avait perdu de vue avant de le revoir par hasard quelques semaines auparavant. Cet ami était au demeurant fort sympathique mais il passa la soirée à revoir avec Mon Chéri le programme intégral de DEUG, licence et maîtrise de maths, et consacrant beaucoup de temps à une matière particulièrement difficile : la logique.

 

Un peu plus tard, ce même soir, après le départ de l’ami, pendant que nous faisions la vaisselle :

 

Moi : Dis donc, c’est quoi cette logique dont vous m’avez rebattu les oreilles toute la soirée ?

 

Chéri : Eh bien, c’est un ensemble de processus comprenant la construction d’objets mathématiques, la formation de relations…

 

Moi : Hop, hop, hop ! Je ne te demande pas une rediffusion du dîner de tout à l’heure, j’en ai assez bavé, merci. Est-ce que tu ne pourrais pas traduire ça en termes accessibles aux simples mortels comme moi ?

 

Chéri : En fait, on prend des propositions et on essaie de trouver des relations entre elles et de voir ce que ça donne : si l’une est équivalente à l’autre, si l’une implique l’autre et ce qu’on peut en déduire. Tu comprends ?

 

Moi : Pas franchement, non. D’abord, qu’est-ce que tu appelles « proposition » ?

 

Chéri (déployant de grands efforts pour se mettre à mon niveau) : Mais ça peut être plein de choses… euh… Prenons par exemple la phrase : s’il pleut, je vais au cinéma.

 

M. : S’il pleut, je vais au cinéma, oui. Et alors ?

 

C. : Supposons qu’il fasse beau. Qu’est-ce que tu peux en déduire ?

 

M. : Que tu ne vas pas au cinéma.

 

C. : Eh, non, pas du tout !

 

M. : Mais tu viens de dire que…

 

C. : J’ai dit que j’allais au cinéma s’il pleuvait. Mais je n’ai pas dit que je n’allais pas parfois aussi au cinéma quand il fait beau.

 

M. : Ah, oui, je comprends, c’était une question piège.

 

C. : Bon, supposons maintenant qu’il pleuve. Qu’est-ce que tu peux en déduire ?

 

M. (après un long moment de réflexion) : Rien.

 

C. : Comment ça, rien ? Tu te rappelles de la phrase ?

 

M. : Oui, tu as dit que s’il pleuvait, tu allais au cinéma. Mais ça ne veut pas dire que s’il pleut, tu vas au cinéma.

 

C. (les yeux exorbités) : C’est moi qui deviens fou ou c’est toi qui débloques ?

 

M. : Non, mais ce que je veux dire, c’est que tu ne peux pas te précipiter au cinéma à la première goutte de pluie. Et puis, il y a des fois, ce n’est simplement pas possible. Imagine : il est 14h, tu es au bureau, et la pluie commence à tomber. Tu ne vas pas aller dire à ton patron : « Désolé, Monsieur, il faut que je partes là… Oui, je sais qu’on est qu’au début de l’après-midi… Non, je me sens bien, simplement, il pleut donc je dois aller au cinéma ». C’est un coup à se faire virer sans indemnités, ça. Et puis suppose qu’il pleuve pendant 15 jours sans s’arrêter. Tu ne vas pas passer au cinéma. Surtout que si tu vas au cinéma de notre ville, tu vas être obligé de revoir 4 ou 5 fois tous les films même les navets.

 

C. : Pourtant, mathématiquement, c’est le cas. C’est la notion d’implication logique. Si tu prends les relations R et S, l’assemblage…

 

M. : Ah, non, tu ne vas pas recommencer avec ton charabia. Donc, tu dis que mathématiquement, la phrase : « s’il pleut, je vais au cinéma » veut dire « à chaque fois qu’il tombe une goutte de pluie, je vais systématiquement au cinéma » ?

 

C. : Oui, c’est à peu près ça.

 

M. : Ca ne m’étonne plus que vous n’ayez rien compris.

 

C. : C’est complexe, hein ?

 

M. : Je ne dirais pas ça, non. Pour moi, c’est surtout complètement déconnecté de la réalité ! Il faut venir d’une autre dimension pour comprendre ça, non ?

 

 

Par maguy
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Vendredi 21 novembre 2008

Comme je l'ai déjà précisé, je déteste déranger Mon Chéri à son travail mais quelquefois.....

Au téléphone

 

Chéri : Allo ?

 

Moi : Chéri, c’est moi. Je t’appelle parce que j’ai une question à te poser.

 

Chéri (chuchotant): Mais c’est vraiment urgent ? Parce que je suis au beau milieu d’une réunion très importante, là.

 

Moi : C’est urgentissime.

 

Chéri (soupir) : Bon alors attends….. (Bruits de pas, de porte…) … Bon vas-y, je t’écoute.

 

Moi :   Voilà : le fils de ma cousine a un devoir de géométrie à rendre pour demain. Une des questions, c’est : comment appelle-t-on deux droites qui se croisent ? Je suis sûre que je connais la réponse, j’ai le mot sur le bout de la langue mais impossible de m’en souvenir !

 

Chéri : Mais j’y crois pas, là, j’y crois pas !

Moi : Pardon ?

 

C. : Je suis au milieu d’une réunion très importante, tu me dis que c’est urgent, tout ça pour me poser une question de maths à la con !!

 

M. : Bien sûr, pour toi, c’est une question de maths à la con mais je te signale qu’avant de me téléphoner, ma cousine avait déjà appelé ses deux frères et ses parents et qu’aucun d’eux n’a pu lui donner la réponse !

 

C. : Non mais c’est pas le problème, là !

 

M. : Et c’est quoi, le problème ?

 

C. : Une fois de plus, tu ne réfléchis absolument pas à ce que tu fais ! Ca ne te dérange pas de m’interrompre dans ma réunion pour me poser une question qui n’était pas urgente du tout ! Je me demande ce que pensent mes collègues !

 

M. : S’ils t’entendent hurler comme tu le fais, c’est sûr qu’ils doivent se poser des questions.

 

C. : Ton comportement est totalement déraisonnable !

 

M. : Déraisonnable ? Alors je me demande quel mot tu utilises pour qualifier ton comportement à toi ! Si tu avais répondu tout de suite à ma question, ça fait longtemps que tu serais retourné à ta réunion, mais au lieu de ça, tu restes là à crier dans le vide. Tu trouves ça raisonnable, toi ?

 

C. (suffoqué par l’indignation: ……

 

M. : Allez, dis-moi juste comment on appelle deux droites qui se croisent et…

 

C. : Non.

 

M. : Quoi ?

 

C. : Non, je ne répondrai pas à ta question. Tu n’as qu’à chercher par toi-même, ça te fera les pieds.

 

M. : Tu refuses de me donner un renseignement que tu as ?

 

C. : Exactement. D’ailleurs, je vais raccrocher.

 

M. : Tu n’oserais pas !

 

C. : Je vais me gêner.

 

M. : Si tu oses me raccrocher au nez, je te rappelle immédiatement !

 

C. : M’en fous, je vais couper mon portable.

 

M. (chantonnant) : Ouii, mais moi j’ai le numéro de la boîte où tu travailles.

 

C. (inquiet: Ce qui veut dire ?

 

M. : Ce qui veut dire que si tu as l’audace de me raccrocher au nez et de couper ton portable, je vais téléphoner à la société où tu travailles et insister, insister, insister jusqu’à ce qu’on aille te chercher. Et tu sais bien que je peux être très très convaincante quand je veux.

 

C. : Tu ne ferais pas ça ?

 

M. : A ton avis, que vont penser tes chers collègues quand une secrétaire complètement affolée va débouler dans la salle de réunion en te disant : «  Il faut que vous preniez tout de suite la communication, votre mère s’est évadée de son asile psychiatrique ! »

 

C. : Tu ne ferais pas ça ?!!

 

M. : Tu veux parier ?

 

C. : Mais tu es…

 

M. : Je suis une femme qui sait ce qu’elle veut. Alors qu’est-ce que tu décides ?

 

C. : Sécantes.

 

M. : Pardon ?

 

C. : Deux droites qui se croisent s’appellent deux droites sécantes : S,E,C,A,N,T,E,S.

 

M. : Ah oui, maintenant je me rappelle ! Merci, Chéri. Bon, je ne vais pas te déranger plus longtemps, j’ai cru comprendre que tu étais occupé…

 

C. : Une dernière chose.

 

M. : Oui ?

 

C. : Si tu veux que je te pardonne sur ce coup-là, tu as intérêt à être très très très gentille avec moi ce soir !

 

 

 

 

Par maguy
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Mardi 11 novembre 2008

Hier après-midi, profitant d’une courte éclaircie, Mon Chéri et moi partons faire une petite promenade. Nous nous arrêtons un moment pour regarder un troupeau de vaches en train de manger un tas de foin.

 

Moi : Oh, regarde comme elles sont paisibles ! Regarder des animaux manger tranquillement, comme ça, ça a un effet calmant, apaisant, on est tellement loin de la violence des hommes…

 

A peine ai-je dit ça qu’une vache en pousse un autre pour avoir une meilleure place dans le foin. La seconde campant sur ses positions, la première commence à lui donner des coups de cornes dans le ventre pour la faire reculer.

 

Moi : Oh mon dieu !

 

La deuxième vache recule enfin ce qui n’empêche pas la première de la bourrer de coups de corne.

 

Moi : Mais ne reste pas comme ça sans rien faire ! Sépare-les, enfin ! FAIS QUELQUE CHOSE !

 

Chéri : Et qu’est-ce que je dois faire ?

 

Moi : Mais je ne sais pas, moi. Rentre dans le pré et fais leur peur, comme ça elles arrêteront !

Chéri : Et comment je fais pour les effrayer ?

 

Moi : Tu n’as qu’à courir vers elles en hurlant et en agitant les bras.

 

Chéri : Excuse-moi mais je refuse de me ridiculiser, il y a des gens dans le coin. Et puis en plus, il y a toutes les chances que la peur les rende agressives et qu’elles m’attaquent.

 

Moi : Mais on ne peut pas rester sans rien faire !

 

Pendant ce temps, la première vache a enfin arrêté de traumatiser l’autre et retourne tranquillement vers le foin. La seconde, prostrée, ne bouge pas.

 

Chéri : Tu vois, tout est rentré dans l’ordre. On continue ?  (Il commence à repartir)

 

Moi : Mais attends ! On ne peut pas la laisser comme ça !

 

Chéri : Qui ça ?

 

Moi : Mais la vache ! Elle est sûrement sérieusement blessée ! Tu as vu tous les coups de corne qu’elle s’est prise ?

 

C. : Je ne vois pas de sang.

 

M. : Elle fait peut-être une hémorragie interne.

 

C. : Et qu’est-ce que tu proposes ? On l’emmène en voiture à l’hôpital le plus proche pour lui faire passer des radios ?

 

M. : On pourrait au moins essayer de trouver son propriétaire.

 

C. : Et tu comptes faire ça comment ? Parce que je ne crois pas que les vaches portent une médaille avec le nom et l’adresse de leur propriétaire gravés dessus.

 

(Il repart)

 

M. : Alors tu ne vas même pas essayer d’aider cette pauvre vache ?

 

C. : Cette pauvre vache n’a rien du tout !

 

M. : Comment tu le sais ? Tu es vétérinaire ?

 

C. : Non, mais je sais que les cornes de la première vache formaient un angle aigu avec le ventre de la deuxième.

 

M. : Quoi ?

 

C. : Si la première vache avait frappé ses coups perpendiculairement au ventre de l’autre, c’est-à-dire de telle sorte que les cornes de l’une et le ventre de l’autre fassent un angle droit, alors la pointe des cornes se seraient enfoncée dans la chair et ça lui aurait fait mal mais là les cornes ont fait un angle aigu, comme ça, tu vois, (il montre avec sa main) donc elle n’a presque rien senti. Bon, on y va, cette fois ? (Il repart)

 

M. : Alors, c’est comme ça : on assiste à un drame terrible et toi, tout ce qui t’intéresse, c’est de savoir si l’angle est droit. Espèce de mathématicien, va !

 

Par maguy
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Dimanche 9 novembre 2008

Bernhard Riemann

Pour comprendre cet article, il est utile de lire le précédent (ici)
 

Cependant, pour ceux qui ont un grand poil dans la main, petite explication : l’hypothèse de Riemann est un problème mathématique jamais résolu jusqu'à présent.

 

Après quelques clics sur l’ordinateur,

 

Moi : Dis donc petit cachottier, tu ne m’as pas tout dit.

 

Chéri : A quel sujet ?

 

Moi : L’hypothèse de Riemann. Tu m’as caché le plus important.

 

Chéri : C’est-à-dire ?

 

M. : L’hypothèse de Riemann fait partie des problèmes du prix du millénaire. Celui qui le résoudra se verra remettre un million de dollars par le Clay Mathematical Institute.

 

C. : Tiens, je ne savais pas.

 

M. : Oh, comme c’est excitant ! Je vois très bien ce que je pourrais faire avec un million de dollars.

 

C. : Pourquoi, tu te crois capable de démontrer l’hypothèse de Riemann ?

 

M. : Moi ? Non, j’en suis incapable.

 

C. : Ravi de voir que tu peux parfois être réaliste.

 

M. : Mais toi par contre…

 

C. : Moi ? Mais tu es folle !

 

M. : Pourquoi : c’est un problème mathématique et tu es mathématicien, non ? Alors où est le problème ?

 

C. : Le problème, c’est que des gars qui ont fait plus de huit ans d’études de mathématiques après le bac essaient désespérément de trouver la solution depuis des années, alors comment veux-tu que moi, qui n’ai même pas de doctorat en maths, je trouve ?

 

M. : Si j’ai bien compris, tu n’as aucune chance de démontrer cette hypothèse ?

 

C. : J’aurais encore plus de chances de gagner à l’Euromillion.

 

M. : Dommage. (Pause) Au fait, tu as encore des contacts avec tes profs de maths de l’université ?

 

C. : Non, à part, celui qui a dirigé ma maîtrise que je revois de temps en temps.

 

M. : Tu as son numéro ?

 

C. : Pourquoi, tu voudrais l’appeler ?

 

M. : Je ne sais pas. Tu sais s’il travaille sur l’hypothèse de Riemann ?

 

Quelques minutes plus tard.

 

M. : Dis donc, si on appelait cet institut américain et qu’on lui disait qu’on a trouvé la solution, qu’est-ce qu’ils diraient ?

 

C. : Oh, sûrement : « Toutes nos félicitations, madame ! Nous préparons le million, vous n’avez qu’à venir le prendre ! »

 

M. : C’est vrai ?

 

C. : Non, bien sûr que non, qu’est-ce que tu crois ? Ils ne vont pas lâcher le million comme ça. Ils vont d’abord demander à voir ta démonstration puis ils la montreront à plusieurs grands professeurs de mathématiques qui devront la valider.

 

M. : Ah.

 

Quelques clics plus tard

 

M. : Oh mon Dieu !

 

C. : Quoi ?

 

M. : Regarde ça ! Il y a un type qui a résolu un des problèmes à un million de dollars et il a refusé la somme !

 

C. :  Et alors ?

 

M. : Mais enfin, tu as compris ce que je t’ai dit ? Il a refusé un million de dollars ! On ne refuse pas un million de dollars à moins d’être fou !

 

C. : Il ne s’intéresse peut-être pas à l’argent ?

 

M. : Alors il est égoïste. Il ne vit peut-être que de mathématiques et d’eau fraîche mais a-t-il pensé à sa femme, à sa famille ?

 

C. : Je ne vois pas pourquoi tu t’énerves comme ça. Ce n’est pas toi sa femme, non ?

 

M. : Heureusement pour lui. Comme je te l’aurais remis à sa place, moi !

 

C. (éclatant de rire) : Je vois la scène d’ici :

       Lui : Ca y est, chérie, ma solution a été validée

       Toi : Oh, chéri, c’est formidable ! Avec un million de dollars, je vais pouvoir aller faire du shopping tous les jours et acheter une nouvelle voiture et…

       Lui : Euh, non, non chérie, j’ai refusé le million.

       Toi : QUOI ?

       Lui : Oui, tu sais bien, moi, l’argent ne m’intéresse pas et …

      Toi : Bon alors écoute-moi bien. Tu vas tout de suite rappeler cet institut et leur dire qu’il y a eu une erreur et que tu veux le million. Raconte leur n’importe quoi que tu as été malade, que tu avais pris un coup sur la tête le jour où tu as refusé.

      Lui : Mais chérie…

      Toi : TOUT DE SUITE !!

 

 

 

Par maguy
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Dimanche 9 novembre 2008

Bernhard Riemann (1826-1866)


Aujourd’hui, article spécialement dédicacé à Guilaine, prof de maths qui m’avait laissé un gentil message il y a quelque temps ainsi qu’à tous les mathématiciens et mathématiciennes qui seraient venus s’égarer par ici.

 

Explication de départ : La scène se passe vendredi dernier. La veille, le jeudi donc, Mon chéri était absent une bonne partie de la soirée et, avant de me lancer dans la longue et fastidieuse écriture du poème (pour en suivre les péripéties cliquer ici), j’avais d’abord regardé les deux premiers épisodes de Paris enquêtes criminelles sur TF1. Le premier avait en partie pour cadre une école de surdoués.

 

Moi : Au fait, tu m’as manqué hier soir.

 

Chéri : Ah oui ?

 

Moi : Oui, le premier épisode de la série criminelle se passait dans une école pour surdoués et on avait plusieurs fois des gros plans sur un tableau noir contenant des tas de signes bizarres, tu sais ceux que tu appelles comment déjà ? Ah oui, des maths.

 

Chéri (sourire supérieur) : Et comme je n’étais pas là, tu n’as rien compris.

 

M. (vexée) :  Si, si , j’ai compris des tas de choses. Le prof était en train de démontrer l’hypothèse de Riemann et …

 

C. (dont le sourire s’élargit encore): Ca, ça m’étonnerait.

 

M. : Et pourquoi ?

 

C. : Oh, simplement parce que personne n’a jamais réussi à la démontrer. C’est d’ailleurs pour ça qu’on l’appelle l’« hypothèse » de Riemann : si on l’avait démontré, elle s’appellerait le « théorème » de Riemann.

 

M. : Personne n’a jamais réussi à la démontrer ?

 

C. : Personne.

 

M. : Même pas les grands profs de maths dans les universités américaines que tu admires tellement ?

 

C. : Même pas eux.

 

M. : Wouaouh, ça doit être vachement difficile, alors.

 

C. : On peut dire ça comme ça, oui.

 

M. : Et qu’est-ce qu’elle dit cette hypothèse de Riemann ?

 

C. : Je veux bien te le dire mais tu ne comprendras pas plus que si je te parlais chinois.

 

M. : Qu’est-ce que tu en sais ?

 

C. : D’accord. Selon l’hypothèse de Riemann, les zéros non triviaux de la fonction zêta de Riemann se trouvent sur la droite des réels ½. Alors, tu as compris ?

 

M. : Absolument rien.

 

C. : C’est bien ce que je disais.

 

M. : Mais, elle sert à quelque chose cette hypothèse ou c’est encore une de ces trouvailles mathématiques dont personne ne comprend l’utilité ?

 

C. : Oh, elle servirait  juste à comprendre la répartition des nombres premiers.

 

M. : La quoi ?

 

C. : Les nombres premiers, ça te dit quelque chose ? Tu as bien dû voir ça au collège, non ?

 

M. : Hum, oui, … attends…

 

C. : Ce sont les nombres qui…

 

M. (triomphante) : Pas un mot de plus ! Ce sont des nombres qui ne sont divisibles que par eux-mêmes et par 1.

 

C. : Vingt sur vingt. Bon, alors les premiers nombres premiers, tout le monde les connaît : 1, 2, 3, 5, 7, … Mais lorsqu’on passe aux millions ou aux milliards, ça devient très difficile de trouver les nombres premiers.

 

M. : Et ton hypothèse, là, elle permettrait de les trouver ?

 

C. : C’est ça.

 

M. : Mais on s’en fout un peu, non, de trouver les nombres premiers dans les millions ou les milliards ?

 

C. : Toi, tu t’en fous, je n’en doute pas. Mais ça pourrait changer la vie des programmeurs informatique qui utilisent les nombres premiers pour leurs algorithmes.

 

M. : Leurs quoi ?

 

C. : Laisse tomber.

 

M. : Mais, ce type-là, Riemann, comment il a trouvé ça ?

 

C. : Eh bien, il a utilisé la formule d’Euler qui concernait les entiers…

 

M. : Il a piqué la formule d’un autre ?

 

C. : Il ne l’a pas piquée, il l’a utilisée.

 

M. : Mais il lui a demandé la permission avant ?

 

C. : Il aurait eu du mal. Euler est mort bien avant la naissance de Riemann.

 

M. : Mais il aurait pu essayer de contacter ses héritiers non ? En tout cas, utiliser une formule sans demander la permission de l’inventeur, moi, j’appelle ça piquer.

 

C. : Mais enfin, tous les chercheurs en mathématiques font ça. Tu ne te rends pas compte, s’ils devaient d’abord démontrer par eux-mêmes tout ce qui a déjà été découvert, ils auraient 75 ans avant d’espérer trouver quelque chose.

 

M. : Mais, donc, en fait, si j’ai bien compris, Riemann a eu une idée, il a cherché toute sa vie à la prouver, mais il n’a jamais réussi.

 

C. : Voilà.

 

M. : Le pauvre, quelle frustration terrible, ça a dû être pour lui ! Je l’imagine sur son lit de mort, sachant que pour la postérité, il resterait à jamais celui qui n’était même pas fichu de démontrer sa propre hypothèse, le raté des mathématiques qui …

 

C. : Je crois que tu t’emballes légèrement, là. En fait, je pense même que Riemann a été vénéré par des générations de mathématiciens. D’abord, parce que personne à travers les siècles n’a jamais réussi à prouver son hypothèse mais surtout parce qu’à part ça, il a fait de nombreuses découvertes qui portent son nom : les intégrales de Riemann, les surfaces de Riemann, les sphères de Riemann, sans compter les avancées extraordinaires qu’il a permises en géométrie….

 

M. : STOP ! J’ai compris, Riemann était un grand génie mais maintenant arrête, j’ai la tête qui tourne, je suis en train de faire une indigestion, une overdose de mathématiques. Oulà, je ne me sens pas bien, il faut que j’aille m’allonger. Tu t’occuperas du dîner, d’accord ?


Pour les aficionados des maths et autres doux dingues  qui auraient envie d'en savoir plus sur l'hypothèse de Riemann, c'est par ici
  (accrochez-vous)

Par maguy
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