Matrix : la trilogie (cf les deux articles précédents)
Le soir, dans la chambre
Moi : Chéri, je n’arrive pas à dormir !
Chéri : Tu n’as qu’à penser à la matrice !
Moi : Quoi ?
Chéri : Eh bien, elle te fait rêver, non ? (NB : pour comprendre cette allusion, vous devez avoir lu les deux articles précédents)
Moi : Ah, oui ! Au fait, à propos de matrice, j’aurais encore une question.
Chéri : Et ça ne peut pas attendre demain ?
Moi : Peut-être, mais je me connais, si je ne te demande pas maintenant, je vais y penser toute la nuit et après je ne pourrai pas dormir et après…
Chéri : Ca va, ça va, j’ai compris, pose ta question.
Moi : Qui l’a inventé ?
Chéri : Hein ?
M. : La matrice, qui l’a inventé ?
C. : Mais j’en sais rien, moi !
M. : Tu ne sais pas qui a inventé la matrice ?
C. : Non, je ne sais pas, personne ne le sait. On ne sait pas non plus qui a inventé les nombres réels ou la géométrie dans l’espace ! Souvent, plusieurs personnes ont participé. Il y en a un qui commence puis d’autres reprennent ses travaux et poursuivent, ça peut durer des siècles et…
M. : Mais il y en a bien un qui a du avoir, comment dire, l’idée première de la matrice. On ne sait pas qui a commencé à mettre des nombres dans un tableau ?
C. : Ben non, on ne sait pas, comme c’est le cas pour de nombreuses découvertes mathématiques.
M. : Mais pas toutes, quand même. Le théorème de Pythagore, par exemple, on sait bien qui l’a trouvé.
C. : Pas sûr.
M. : Comment ça, pas sûr ? Ce n’est pas Pythagore qui a inventé le théorème de Pythagore ?
C. : Ben, on n’en est pas sûr, en fait. Beaucoup d’hommes ont prétendu avoir découvert des choses alors que ce n’était pas eux. Parfois, des gens riches et puissants achetaient leurs inventions à d’autres plus pauvres et se les appropriaient.
M. : Mais pourquoi on appelle ça le théorème de Pythagore, alors ?
C ; Parce qu’on pense que c’est lui qui l’a trouvé mais on n’est pas absolument certain.
M. : Mais c’est scandaleux !
C. : Quoi ?
M. : Je me souviens, pendant ma scolarité, en maths, je n’arrêtais pas d’écrire : « D’après le théorème de Pythagore ». J’ai bien dû l’écrire un bon millier de fois. Tu te rends compte, tous les ans, tous ces milliers d’élèves qui écrivent : « d’après le théorème de Pythagore » sur leur cahier, lui rendant ainsi un hommage implicite, alors que, pendant ce temps, un homme se retourne dans sa tombe en gémissant : « Mais ce n’est pas lui, c’est moi qui l’ai trouvé ». Tu ne trouves pas ça horrible ?
C. : Oui, bon, de toute façon on n’y peut rien.
M. : Il faudrait que le ministre de l’éducation nationale oblige tout le monde à écrire: « d’après le présumé théorème de Pythagore ».
C. : C’est ça, eh bien, demain, tu tâcheras de la contacter pour lui faire part de cette requête essentielle. Mais maintenant, on dort.
Silence. Puis,
Moi : Chéri ?
Chéri : Ah, non, non, non ! Je ne veux plus entendre parler de Pythagore cette nuit. Tu me diras demain matin.
M. : Mais ça n’a rien à voir avec Pythagore !
C. : C’est au sujet de la matrice, peut-être ?
M. : Non plus !
C. : Alors, vas-y, je t’écoute !
M. : Le théorème de Thalès, on est sûr que c’est Thalès qui l’a inventé, ou ?