Ma place de parking
Mon Chéri et moi évitons généralement de faire les courses le samedi afin d’échapper à la foules dans les magasins, aux difficultés pour se garer... Cependant, avec nos emplois du temps de ministre, on ne peut parfois pas faire autrement.
Un samedi, sur le parking du supermarché.
Moi : Oh, chéri, regarde là-haut : une place juste devant l’entrée du magasin !
Chéri : Oui, je l’ai vue.
Moi : Vite, vite dépêche-toi d’aller t’y garer avant qu’un autre ne te pique la place.
Mon Chéri accélère, bien trop modérément à mon goût, et roule en direction de la place tant convoitée.
Moi : Oh, mon Dieu !
Chéri : Quoi ?
Moi : La voiture là-bas. Elle se dirige vers la même place. Je suis sûr que le conducteur veut nous la voler. Accélère, mais accélère bon sang !
Chéri : Je fais ce que je peux !
Nous arrivons dans la rangée où se trouve la place à peu près au même moment que l’autre voiture, chacun à une extrémité. Mon Chéri, stimulé par mes hurlements (« Fonce, fonce ! »), se rue sur la place de parking, imité par notre « adversaire ». La collision entre les deux voitures semble imminente lorsque Mon chéri, beaucoup trop tôt, freine et abandonne au profit de notre concurrent. Le vainqueur se gare et nous voyons descendre une jeune femme qui nous fait un petit signe narquois de la main. J’écume de rage.
Moi : Ah, bravo, bravo, fantastique ! Et qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Chéri : On va trouver une autre place, ne t’inquiète pas.
Moi : Mais elle sera beaucoup plus loin de l’entrée. Il pleut et il fait froid et je n’ai pas envie de marcher dix kilomètres. Tout ça, c’est de ta faute : si tu n’avais pas ralenti…
Chéri : Je ne pouvais rien faire, elle avait de l’avance, elle se serait garée de toute façon.
Moi : Tu as manqué de détermination, c’est tout. Si tu avais continué à accélérer…
Chéri : On se serait rentrés dedans, voilà tout.
M. : Et alors ?
C. : Comment ça, et alors ? Evidemment, toi, tu t’en fous, ce n’est pas ta voiture. Mais moi, j’aimerais autant éviter de lui faire des bosses stupidement.
M. : Mais enfin qu’est-ce que tu racontes ? Tu as vu sa voiture, tu as vu la tienne ? C’était David contre Goliath, cette histoire. Si vraiment il y avait eu collision, son pare-chocs serait tout écrabouillé, alors que ton auto aurait à peine une égratignure.
C. : Je n’en suis pas sûr, et en plus, je ne vois pas l’intérêt de lui bousiller sa voiture.
M. : Mais pour lui donner une leçon, bien sûre !
C. : Une leçon ?
M. : Cette c…. a eu l’impudence de prendre MA place de parking, il fallait lui faire comprendre qu’elle n’avait pas le droit.
C. : J’ignorais que tu étais propriétaire d’une place de parking ici. Tu as un acte notarié pour prouver ce que tu avances ?
M. : Oh, ça va, tu as très bien compris ce que je veux dire. J’avais repéré cette place avant elle.
C. : Comment peux-tu le savoir ?
M. : Dès que nous sommes entrés sur ce parking, elle m’avait sauté aux yeux.
C. : Mais elle était peut-être entrée avant nous.
M. : Tu crois que je ne sais pas pourquoi tu as ralenti ?
C. : Pour préserver ma précieuse voiture ?
M. : Non, parce que tu as vu que c’était une jolie femme, évidemment. Si elle avait eu vingt ans et quinze kilos de plus, comment tu lui serais passé sous le nez ! Mais là non, Monsieur a voulu faire son malin !
C. : Mais qu’est-ce que tu racontes, la voiture avait des vitres teintées. Avant qu’elle descende, je ne savais même pas si c’était un homme ou une femme au volant.
M. : C’est ça, comme si des vitres teintées pouvaient arrêter ton œil de lynx, toujours à l’affût de chair fraîche.
C. : C’est vraiment n’importe quoi.
M. : Ah, tous les moyens sont bons pour draguer, hein ?
C. : Ca y est, tu as fini ?
M. : Je ne fais que commencer. Qu’est-ce que tu fais ?
C. : Je me gare.
M. : Ca na va pas, non ? Tu ne te gares pas ici !
C. : C’est une des rares places qui restent, tu ne vas pas faire la difficile.
M. : Je te ferais simplement remarquer que si tu avais fait ce que j’avais dit, on aurait une très bonne place. D’ailleurs, on aurait même probablement presque fini les courses et…
C. : Je sais, je sais, c’est de ma faute, j’ai compris. La prochaine fois, je lutterais pour cette place de parking jusqu’à ma mort. Mais pour l’instant, nous n’avons pas le choix. Reste dans la voiture à bouder si tu veux mais…
M. : Non, je t’accompagne au centre commercial.
C. : Ravi de constater que tu peux être raisonnable, pour une fois.
M. : Mais je ne vais pas faire les courses avec toi.
C. : Et on peut savoir où tu vas ?
M. : A cause de toi, je suis hyper-stressée. La seule façon de me calmer est d’aller faire du shopping immédiatement.
C. : Mais…
M. : On se retrouve tout à l’heure à la voiture si toutefois j’ai le courage de marcher jusque là.