A la recherche d'un coiffeur
Ce matin, devant la table du petit déjeuner,
Moi : Chéri ?
Chéri : Oui ?
Moi : Tu ne vois pas quelque chose de changé chez moi ?
Chéri : Euh…
Moi (légèrement vexée) : Regarde mes cheveux. Tu ne vois pas qu’ils sont plus beaux, plus brillants ?
Chéri (pas convaincu) : Oui, peut-être.
Moi : J’ai trouvé un nouveau shampoing qui n’est pas mal du tout.
Chéri (parle sans réfléchir) : Mais tu devrais aller chez le coiffeur.
Moi (sous le choc) : QUOI ?
Chéri (comprenant qu’il vient de commettre une bourde monumentale) : Rien, je n’ai rien dit.
Moi (carrément furieuse) : Ah, non ! Une phrase pareille ne s’efface pas si facilement. Développe, je t’en prie.
Chéri (très embarrassé) : Non, mais … enfin je pensais juste que … enfin c’est-à-dire… la pointe de tes cheveux me paraît un peu … abîmée…
Moi (attrapant une mèche de cheveux pour vérifier) : Mais oui, tu as raison, j’ai des pointes toutes fourchues. Qu’est-ce que je vais faire ?
Chéri : Tu pourrais par exemple aller chez le coiffeur, comme je te l’ai déjà dit.
Moi : Encore faudrait-il trouver un coiffeur.
C. : Ca ne devrait pas être trop difficile. On parle de coiffeur, pas de caviar. Rien qu’à deux rues d’ici, il y en a un, non ?
M. : Je croyais que c’était un coiffeur pour hommes ?
C. : Ah, oui, c’est vrai. Mais pourquoi ne retournes-tu pas chez ceux chez qui tu vas d’habitude ?
M. : Ah, non ! Ah ça, jamais ! Plutôt crever, tu m’entends.
C. : Ca ne s’est pas bien passé la dernière fois ?
M. : Pas bien passé ? C’était le drame, tu veux dire. Ils m’ont défigurée !!
C. : Tu exagères peut-être légèrement.
M. : Pas du tout ! J’avais demandé la coupe d’Agnès Jaoui dans Le Goût des autres, j’avais même apporté une photo pour éviter tout malentendu et ils m’ont fait la coupe de Paris Hilton ! Quand je me suis vue dans la glace, j’ai cru que j’allais m’évanouir d’horreur. En plus, j’ai subi un véritable interrogatoire sur ma vie privée à tel point que je me suis demandé si la coiffeuse n’était pas une journaliste de Closer déguisée.
C. : Mais je ne vois pas pourquoi Closer s’intéresserait à ta vie privée.
M. : On ne sait jamais, il se pourrait que je devienne célèbre, un jour.
C. : Et tu ne pourrais pas retourner chez le coiffeur chez qui tu allais avant ? Comment s’appelait-il déjà ?
M. : Il a fait faillite. D’ailleurs, ça ne m’étonne pas. Si j’étais eux, j’attaquerais Mme H… en justice et je demanderais des dommages-intérêts.
C. : Qui ça ?
M. : Mais tu ne te souviens pas, je t’en avais souvent parlé. Mme H. : la vieille harpie qui passait sa vie chez le coiffeur où elle hurlait dans tout le salon des détails croustillants sur ses varices, son diabète, son incontinence urinaire et la dernière connerie de son petit-fils. Une fois, j’avais même apporté des boules Quiès.
C. : Je vois. Et si tu allais chez mon coiffeur ?
M. : Chéri, excuse-moi mais je tiens à mes cheveux.
C. : Qu’est-ce que ça veut dire ?
M. : Toi, tu lui demandes toujours de te « rafraîchir un peu la nuque », tu ne cours aucun danger mais j’ai l’impression que dès qu’on lui demande un truc un peu délicat, il est complètement largué.
C. : Alors, prends les Pages Jaunes et choisis un coiffeur pas trop loin d’ici.
M. : Tu es complètement dingue ? Je ne vais pas chez un coiffeur qui ne m’a pas été chaudement recommandé par au moins deux personnes.
C. : Et tu ne veux pas en plus un CV et une lettre de motivation ?
M. : C’est ça, moque-toi. Mais je ne sais toujours pas ce que je dois faire. Ah, si, j’ai une idée : tu vas être mon sauveur.
C. : C’est-à-dire ?
M. : En attendant que je trouve la perle rare au niveau coiffure, tu vas me couper un peu les cheveux.
C. : Quoi ? Jamais de la vie.
M. : Mais pourquoi ?
C. : Je n’ai pas envie de mourir prématurément parce que j’aurais complètement foiré ta coupe de cheveux.
M. : Mais juste les pointes. Et puis, si tu suis mes directives, je ne vois pas ce qui pourrait mal se passer. Tel que je te connais, si je te donne une longueur de cheveux à couper, tu vas aller chercher ta règle graduée et couper cheveu par cheveu au millimètre près.