Adolescente attardée
Flash-back : la scène se passe il y a quelques semaines. Mon Chéri et moi profitons des derniers beaux jours pour nous rendre à la piscine. Après quelques brasses, nous allons nous allonger au soleil
Moi : Chéri, tu as vu le grand plongeoir ?
Chéri : Oui ?
Moi : Il est vraiment haut, non ?
Chéri : C’est vrai.
Moi : A ton avis, il est à combien de mètres du sol ?
Chéri : Une dizaine de mètres, je dirais.
M. : Tu aurais envie d’y sauter ?
C. : Ah, ça non alors !
M. : Mais si je te demandais de le faire ?
C. : Pourquoi me demanderais-tu de faire ça ?
M. : Je ne sais pas… par amour ?
C. : Attends, tu peux répéter, je crois que j’ai mal entendu.
M. : Si je te demandais de sauter du grand plongeoir pour prouver ton amour pour moi, tu le ferais ?
C. : Mais enfin c’est complètement débile ! Quel est le rapport entre mon amour pour toi et le fait de sauter du grand plongeoir ?
M. : Il s’agirait de faire quelque chose d’un peu héroïque pour prouver que tu m’aimes. Tu sais, comme au temps des chevaliers quand ceux-ci disputaient des tournois pour leur reine.
C. : Je vois.
M. : Et tu sais que Lancelot a même été jusqu’à faire exprès de perdre un tournoi parce que la reine Guenièvre le lui avait demandé ? Tu te rends compte, il aurait pu se faire tuer.
C. : Mais les choses ont légèrement évolué depuis, tu sais. Il n’y a plus de tournoi de chevalerie et un homme n’est plus prêt à mourir pour une femme.
M. : Mais qui te parle de mourir ? Sauter du grand plongeoir, ce n’est pas dangereux !
C. : Pas sûr. Tu n’as pas vu la grosse chaîne rouge en plein milieu de l’escalier du plongeoir ?
M. : Mais tu n’as qu’à passer par-dessus !
C. : Ce que je voulais dire, c’est que cette chaîne a bien été mise là pour une raison.
M. : Pour empêcher les gosses de monter, je suppose.
C. : Ou peut-être parce qu’il est extrêmement dangereux de sauter de ce plongeoir !
M. : Mais enfin, pourquoi auraient-ils été construire un plongeoir d’où on ne pourrait pas sauter ?
C. : Ils ont peut-être fait une erreur.
M. : Donc, tu refuserais de sauter du grand plongeoir ?
C. : Oui, absolument.
M. : Même pour montrer combien tu m’aimes ?
C. : Même dans ce cas.
M. : Olivier l’a fait, lui.
C. : Olivier ? Quel Olivier ?
M. : Olivier F…, mon premier petit ami. J’étais en cinquième, à l’époque. Il m’avait demandé si je voulais sortir avec lui. Je n’étais pas sûre. Je n’étais jamais sortie avec un garçon et je voulais savoir comment c’était. Et Olivier était très gentil mais il n’était pas très beau, pas comme Kévin et Marc les deux sex-symbols de la classe, mais eux ne m’avaient jamais demandé de sortir avec eux. Ils ne m’avaient même pas remarqué, en fait. Pas étonnant si on considère que toutes les filles de cinquième du collège leur couraient après…
C. : Et donc pour en revenir au grand plongeoir ?
M. : Eh bien, on venait ici à la piscine pour le cours de natation et, un jour, j’ai eu une idée. J’ai pensé que s’il était capable de sauter du grand plongeoir pour moi, ça prouverait qu’il avait vraiment envie de sortir avec moi et ça rendrait toutes les autres filles vertes de jalousie parce qu’aucune autre n’avait de petit copain qui avait fait ça pour elles. Donc, j’ai été voir Olivier et je lui ai dit que je sortirais avec lui s’il sautait du grand plongeoir.
C. : Et il l’a fait ?
M. : Oui, tout à fait. Après, il a eu huit heures de colles et son père l’a privé d’argent de poche pendant deux mois mais il a dit que ce n’était pas grave puisqu’il sortait avec moi. C’est romantique, non ?
C. : Je trouve ça plutôt pathétique. Et inutile aussi.
M. : Comment ça, inutile ?
C. : Eh bien, tu n’es pas resté avec lui, non ?
M. : Euh non, après je l’ai plaqué pour sortir avec Kévin.
C. Tu vois !
M. : Mais nous sommes quand même restés quatre mois ensemble, c’était un record dans les classes de cinquième.
C. : Et apparemment tu n’as pas évolué depuis le collège.
M. : Donc tu ne veux pas te montrer aussi courageux qu’Olivier et sauter du grand plongeoir ?
C. : N… si, si tout à fait !
M. (surprise et ravie) : C’est vrai ?
C. : Oui, oui, ton histoire m’a ouvert les yeux, je vais le faire, je vais même le faire tout de suite !
M. : Super ! Attends, je prends l’appareil photo numér…
C. : Mais à une condition.
M. : Laquelle ?
C. : Que tu sautes toi aussi du grand plongeoir pour me prouver ton amour pour moi.
M. : Quoi ?
C. : Oui, c’est plus équitable comme ça, non ? Je suis pour la parité hommes/femmes, moi.
M. : Mais…
C. : Le plus simple, c’est que nous y allions ensemble. On saute tous les deux en même temps du grand plongeoir, qu’est-ce que tu en dis ?
M. : Tu avais raison : quel est le rapport entre l’amour et le fait de sauter du grand plongeoir ? C'est débile ! Allons plutôt manger une glace !